Quand vous êtes détruit de l'intérieur, la routine est tellement simple et automatique que ça en devient effrayant. Me lever, manger, travailler, & aller faire les courses ; je faisais tout ceci avec une facilité déconcertante. Même si je ne voyais même pas où est-ce que je posais les pieds.
Après la disparition d`Amanda, j'étais passé par toutes les phases de dépressions possibles et imaginables. J`ai laissé tomber le groupe pour me consacrer corps et âme à sa recherche. J`ai
tout laissé tomber, en fait. Ma relation privilégiée avec mon frère, la musique, mes amis, l'argent. Tout. Par ce qu`Amanda était ma vie, et que ma vie venait de me filer entre les doigts sans même que je m'en rende compte.
Puis, lorsque j'ai compris que je ne la reverrai plus, je me suis enfermé dans ma chambre avec la ferme intention de ne plus jamais en ressortir. Mon frère, qui s'intéressait encre à mon insignifiante personne, à l'époque, m'apportait à manger. J`ai mis un an à sortir de cette léthargie. Cela peut sembler impossible, mais je peux vous assurer que je serai resté coincé bien plus longtemps si je ne m'étais pas disputé avec mon frère. Un beau matin, il s'était planté là devant moi, et il m'avait dit d'une voix secouée de sanglots qu'il essayait de cacher tant bien que mal :
<< Ça me fait mal de te voir comme ça Bill. Ne me dis pas que tu n'y peux rien. Ne laisse pas cette conne nous pourrir la vie, à toi et à moi. Je t'aime, je t'aime plus que tout, je ne peux pas te voir dépérir comme ça et ne rien te dire. Reviens, Bill ! Reviens-moi... >> Je crois que l'entendre traiter Amanda de conne m'a rendu fou. Je me suis levé et je lui ai hurlé de partir, que je ne voulais plus jamais le revoir, que j'aurais voulu qu'il crève et qu'il ne m'aurait pas manqué. Tom ne m'a plus jamais parlé.
Quand je me suis rendu compte de ce que j'avais fait, il était trop tard. Alors, je suis rentré dans la troisième phase de cette thérapie intérieure -comme je l'appelle maintenant. Je suis partit. Partit très loin.
***
A New York, personne ne me connaissait. J'avais coupé mes cheveux, jeté tout mon maquillage, et j'avais l'impression d'avoir volé les habits de Gustav. Je suis allé à l'université -à 21 ans, quand on est riche et qu'on a rien à faire...- et j'ai décroché mon diplôme en design. Quatorze ans plus tard, tout les gens hype des Etats-Unis voulaient posséder au moins un meuble signé Kaulitz dans leur maison. Quand on a trente-cinq ans, on ne demande que ça, des gens qui achètent tout ce que l`on produit, hein ?
( B E H A V E )
Ma journée s'annonçait des plus communes. Café, métro, bureau, dodo. Haha. En tant que directeur de BeeKa, numéro un du mobilier de luxe, je n'avais plus qu'à signer des papiers. D'autres dessinaient pour moi, ce qui n'était pas toujours plaisant. Ce jour-là, par exemple, je voulais faire quelque chose de mes mains, autre chose que d'apposer ma signature sur des contrats. Je lançai un sourire à la concierge de mon immeuble, puis sortis. L'air de NYC n'était peut-être pas le plus pur au monde, mais il était frais, et cela me suffisait amplement. Ces grande bouffées glacées qui me fouettaient le visage m'étaient du plus grand bien. Parfaitement réveillé, à présent, je me dirigeai vers le métro, empruntant machinalement un itinéraire que je connaissais par coeur. Je fus bousculé par une adolescente qui me dépassa pour sauter par dessus les engins chargés de composter les tiquets. Je l'observai quelques instants avant qu'elle ne disparaisse, aussi vite qu'elle était apparue. Le regard furtif qu'elle m'avait adressé m'avait frappé. Je compostais mon tiquet sans vraiment m'en rendre compte, essayant de retrouver la jeune fille dans la foule ; en vain.
Enfin monté dans ma rame de métro, j'ouvris le journal acheté ce matin. Les gros titres ne m'intéressaient pas vraiment. Seul les pages économique retinrent mon attention, car le dollar avait chuté O,5. Mauvais pour ma société. Plongé dans mes calculs, je ne vis pas le contrôleur s'approcher.
-Votre tiquet, s'il vous plait, demanda t-il à ma voisine.Je me retournai et poussai une exclamation de surprise : c'était la jeune fille qui m'avait bousculé. Elle grimaça un marmonna un vague
scheisse. L'allemand raviva en moi tout une ribambelle de souvenirs douloureux. Cela faisait si longtemps que je ne l'avais pas parlé...
L`adolescente regardait le contrôleur, et je me rendis compte de deux choses :
1. Elle n'avait pas de tiquet. Je l'avais vue sauter la barrière.
2. Elle ne parlait surement pas anglais. Elle allait avoir de gros soucis, sans tiquet et sans moyen de s'expliquer.
Mu par une force incontrôlable, je tendis un billet de cinquante dollars à l'agent de sécurité.
-C'est ma fille, elle ne parle pas anglais, j'ai complètement oublié de lui composter son billet. Excusez-moi, voici le mien, dis-je d'une traite. -Ho... Ce n'est rien monsieur. Payez-moi juste le prix du tiquet... Au fait, j'adore votre nouvelle chaise, sourit-il. Il m'avait reconnu. -Merci, mais ce n'est vraiment pas la peine. Je lui glissai le billet de cinquante dans la main et me retournai vers ma jeune inconnue à qui je m'adressai dans un allemand un peu rouillé.-Bonjour... Je suppose que tu as compris ce que j'ai dit au type là-bas, non ?
-Qu'est ce que vous m`voulez ?
-Vraiment rien, soupirais-je. Ça fais juste tellement longtemps que je n'ai pas entendu d'allemand que j'ai eu envie de t'aider.
-Ma mère m'a appris de me méfier des inconnus. Surtout quand il sont gentils, fit-elle, suspicieuse. -Je ne suis pas aussi inconnu que ça... Je suis le patron d`une des plus grandes société du coin, hein...
-Qu'est ce qui m`le prouve ?
-Tu peux descendre avec moi à la prochaine station. Si tu n'as pas peur que je te tue ou... quoi que soit d'autre.
-J'ai peur.
-O.K, je comprend, soupirais-je. Elle soupira elle aussi, mais plutôt genre soulagée. Seulement que tu as l'air perdue, continuais-je. Je n`aime pas trop ça. Je ne pense même pas que tu sois majeure... Tu ne parles pas un mot d'anglais et tu es dans une des plus grande ville du monde.
-Vous avez pas la conscience tranquille ou quoi ? J`ai presque seize ans, ça va aller.
-Ce n'est pas vraiment une histoire de conscience. Dis-moi au moins ce que tu fais là.
-Je... j`essaye de bosser. Je suis une retardée du rêve américain.
-Pardon ?! M'étouffais-je.-Ma... C'est ma mère. Elle est malade. Elle va crever et on a pas assez de sous pour la sortir de là.
-Qui ça, on ?
-Seulement elle et moi. Super cool, hein ?
-Qu'est que tu fais ici ? Je veux dire, ici, à New York ?
-J'ai gagné un billet d`avion. Mais je pouvais pas le vendre, alors je suis venue. Ma mère est chez une tante. Je suis ici pour me faire le plus de fric possible, puis j`me casse.
-Oh.
-Ouais, oh.
-Je... je ne sais pas pourquoi, mais je m'interdis de te laisser comme ça.
-Et moi je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas très envie de vous faire confiance.
-C'est parfaitement compréhensible et... Merde, j'ai raté ma station. Je marquais une pause. Tu as un portable ?
-Hein ?
-Un numéro de téléphone ?
-Mais pourquoi ?
-Hors de question de te laisser comme ça.
-Arfh, Se résigna t-elle. Passez moi votre portable, je me rentre. C'est quoi, votre nom ?
-Bill. Bill Kaulitz.
-Naan ? Comme le chanteur du groupe qu'écoutait ma mère ? Tokio bidule...
-Tokio Hotel. Et toi, tu t'appelles ?
-Erin.
-Appelles-moi si... si tu as un souci.
-O.K.
-Erin...
-Quoi ?
-Je suis quelqu'un de célèbre. Je ne veux pas te faire de mal. De toute façon, ça se saurait et... Je veux juste qu'il ne t'arrive rien de mal, par ce que tu me rappelle quelqu'un.
-Ouais, ça va... Bill. And then she turned her head, she blooded...
Des dossiers. Des centaines de dossiers. Voilà ce qui m`attendait sur mon bureau. Vive le boulot. Je passais ma matinée à étudier les nouvelle figures, supprimant au moins une bonne cinquantaine de fauteuils, tables, ou autres. Crevé, je m'octroyais une pause bien méritée, un bon café dans la main.
-Monsieur Kaulitz ?Je me tournai vers Nathalia, ma secrétaire.
-Qu'est ce qu'il y a, Nat ?
-Un coup de fil pour vous.
-Oh... Merci. Vous me le passez, s'il vous plaît?
-Bien sûr, monsieur Kaulitz.-Bill...
-Erin ?
-Je... je n'ai pas assez d`argent pour l`hôtel. Même le plus minable. Elle éclata en sanglots.-Où es-tu ?
-Je... oh putain, j`en sais rien. Je flippe. Je flippe à mort, je flippe tellement que j'ai appelé un parfait inconnu à l'aide !
-Erin... Lis un panneau. Où es-tu ?
-Je... Central Park East.
-Mal famé, marmonnais-je. Ne bouge pas !
-Je n'ai pas l'intention de bouger. Sauf qu`il y a des types super bizarres et... Merde Bill, j`ai peur !
-J'arrive. Ne bouges pas. Je ne pris même pas la peine d'enfiler un blouson. J`empochais les clefs de ma voiture et sortis en courant.
<< E R I N >>Je ne savais pas ce qui me poussait à faire confiance à Bill. Peut-être était-ce son regard chocolat, ce regard que j`étais sûre d'avoir déjà vu quelque part ? Ou sa voix ? Bill me rappelais atrocement quelqu'un. Et puis... j'étais réellement dans le pétrin.
Les quatre types qui m'observaient depuis un moment se firent un signe discret, puis, le premier se détacha du mur sur lequel il s'était avachi. La peur me tordit le ventre.
Putain Bill... grouilles-toi ! Les trois autres le suivirent.
-Coucou ma jolie, fit-il en anglais. Contrairement à ce que croyais Bill, je parlais la langue.-Salut, dis-je, essayant de paraître assurée. -Ça te dirait de venir de venir t'éclater avec nous ?
-Non, désolée, mon père va venir me chercher d`une seconde à l'autre.
-Me dis pas qu`on te fait flipper, hein ?
-Oh non, dis-je, mais mes dents me trahirent en claquant.-Ouais...
-Foutez-moi la paix, okay ?
-Oh non, pas okay du tout, me répondit le type.J`eus à peine le temps de voir sa main s'écraser sur mon visage.
<</ ERIN IS OVER >>J`étais arrivé trop tard. Erin était là, par terre, une vilaine blessure à la tête. Bien sûr, aucune trace de son agresseur. Quelle connerie, la vie. Je soulevai délicatement sa tête, puis, je la pris dans mes bras. Elle ne pesais pas vraiment lourd. Je la portais jusqu`aux sièges de ma Jeep, posant son visage le plus doucement possible sur le cuir. Elle poussa un gémissement de douleur.
-Erin... ça va ?
-Aïe...
-Laisse tomber, ne parles pas. Je t`emmène à l'hôpital.
-Non ! Aouh !Je poussais un long soupir.
-Pas forcément pour te faire hospitaliser...Juste pour un examen.
-Ouille...
-Calme toi, Rin. Elle s'endormit sur le siège, ne comprenant même pas que l`on était arrivés à l'hôpital tant redouté...
* TO BE ME
Dans cette salle d`hôpital si froide, Bill Kaulitz observe cette fille qu'il ne connaissait pas la veille, mais qui est si importante pour lui maintenant.
Erin ouvre les yeux.
Sourit.
& dit :
-C'est beau, Rin...
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